Y a-t-il au Québec deux solitudes profondément irréconciliables?

La Ville de Lévis semble être devenue le seul endroit au Québec où l’on pense encore qu’investir 8 milliards $ dans un projet autoroutier est une solution d’avenir.

La pandémie doit être une occasion de revoir nos priorités, de réfléchir aux moyens d’assurer une relance économique qui répond aussi à nos besoins sociaux et environnementaux, de travailler à la résilience du Québec.

Or, le maire de Lévis, Gilles Lehouillier, a récemment fait une sortie publique pour demander que le 3e lien, un projet tiré directement des années 1960, soit réalisé en mode accéléré pour permettre la relance économique du Québec au sortir de la crise sanitaire. 

Cette sortie du maire avait quelque chose d’ironique. 

Parce que la veille, 15 leaders économiques, syndicaux, environnementaux et sociaux publiaient une feuille de route pour une relance solidaire, prospère et verte. En substance, une série de mesures toutes plus pertinentes les unes que les autres, parmi lesquelles celles-ci, tirées de ce résumé:

  • accélérer les projets de transport collectifs prévus au récent plan québécois des infrastructures; investir dans les infrastructures de transport actif (vélos, trottoirs, etc.);
  • accélérer les investissements dans le maintien des actifs du réseau routier plutôt que dans le développement de la capacité routière;
  • accélérer le soutien à l’électrification des véhicules publics, des sociétés de transport collectif et de transport de marchandises;
  • redynamiser les coeurs de villes et de villages; mettre un fonds de soutien massif au commerce de proximité à la disposition des villes;
  • que l’État donne l’exemple en facilitant le télétravail à ses employés.

Cette démarche faisait d’ailleurs écho à la Banque mondiale et l’Agence internationale de l’énergie: tant qu’à reconstruire, reconstruisons mieux, comme on nous l’a récemment appelé.

Il y aura, quoiqu’il arrive, un « avant » et un « après » pandémie de COVID-19. Parce que l’économie est au ralenti, que sa dynamique ne peut revenir qu’à long terme et qu’elle a besoin du gouvernement pour se relever.

Redémarrer différemment est moins ardu que de bouleverser une société en pleine croissance. Plus que jamais, le gouvernement du Québec a la possibilité de changer les choses de façon importante.

Reconstruire mieux, comme nous le disions plus haut devient donc une possibilité toute nouvelle et, surtout, accessible. Il est permis d’envisager très sérieusement la possibilité d’aligner le Québec sur une nouvelle voie, celle de la résilience, de la durabilité et de l’équité. De bâtir un Québec apte à répondre aux défis que posent les crises, dont les changements climatiques. 

Le premier ministre Legault a dit prendre acte de l’urgence climatique et vouloir continuer de regarder ses fils dans les yeux suite aux imposantes manifestations de l’automne 2019. 

Monsieur le premier ministre, vous avez cette opportunité dans les mains. Saisissez-la, et faites-nous entrer dans le 21e siècle.