Depuis quelques temps, quelques commentateurs s’attaquent au principe de densité urbaine, sous prétexte qu’elle engendrerait les conditions favorables à la transmission de la maladie. Qu’en est-il vraiment? 

D’abord, ce serait oublier que certaines villes très denses résistent plutôt bien à la pandémie jusqu’à maintenant. En effet, que ce soit à Hong Kong, à Taiwan, au Japon, à Singapour ou en Corée du Sud, l’expérience semble montrer que ce n’est tant la densité qui est en cause, mais les réponses que les autorités sanitaires ont mises en place et la rapidité avec laquelle elles l’ont fait. 

Il serait toutefois aussi malhonnête de prétendre, à l’inverse, que la densité seule est la solution au risque pandémique. À preuve certaines régions du monde, peu denses et coupées du monde, pour qui la covid-19 n’est qu’un sujet de plus au journal télévisé. 

Reste que la crise actuelle est une excellente opportunité pour définir la forme urbaine à privilégier dans les années à venir pour tenter d’offrir des réponses non seulement aux pandémies, mais à tous les enjeux de notre siècle.

Attardons-nous d’abord à nos comportements en temps de crise. 

Aujourd’hui confinés à domicile, la plupart d’entre nous avons bien hâte d’en finir avec la pandémie et de pouvoir recommencer à vivre un peu plus normalement. D’ici là, nous serons nombreux à vouloir sortir dehors pour marcher et rouler à vélo afin d’échapper au stress et brûler les calories accumulées après avoir découvert et adopté les tartelettes portugaises

Où irons-nous? Dans les banlieues, la disponibilité de l’espace rend ces activités assez confortables. Mais au centre-ville, les trottoirs sont étroits de notre quartier et les parcs souvent rares et achalandés.

C’est donc là que le bât blesse: la densité n’est malheureusement pas toujours synonyme de bon design. Autrement dit, la forme que nous donnons à la ville dense joue un rôle primordial que nous semblons avoir collectivement oublié. 

Depuis quelques jours, des organisations environnementales telles que Accès transports viables, Ça marche Doc!, la Table de concertation vélo des conseils de quartier et Piétons Québec, pour ne nommer que celles-là, demandent que des aménagements temporaires soient créés pour donner de l’espace aux marcheurs, récréatifs et utilitaires. L’objectif est que les marcheurs puissent circuler sans craindre de croiser quelqu’un à moins de deux mètres.

Certaines villes ont déjà commencé à mettre en place des aménagements temporaires: la Ville de Drummondville a fermé le pont Curé Marchand pour le réserver aux piétons et cyclistes. La Ville de Westmount a mis en place des rues partagées temporaires, réservées à la circulation locale et où la vitesse de circulation est limitée à 20 km/h. Ailleurs, les villes de New York, Vancouver, Toronto et Calgary, y vont d’initiatives similaires.

Qu’est-ce que cela nous indique? Que les aménagements permanents que nous avons actuellement ne permettent pas de répondre à nos besoins en temps de crise. 

Une réponse intelligente à donner serait donc de privilégier des milieux de vie denses dans lesquels l’allocation de l’espace entre les différents modes de transports serait revue, au profit d’espaces publics de qualité (trottoirs plus larges, pistes cyclables, canopée plus importante). Même chose pour la trop grande place laissée aux stationnements à ciel ouvert: il est grand temps d’enfouir cela et de se doter de réseaux d’espaces publics de qualité.

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Revenons à nos commentateurs: ils poursuivront sans aucun doute leur travail de dénigrement de la densité urbaine, mettant de l’avant les “avantages” d’un développement basé sur l’étalement urbain. 

Cependant, si nous les écoutons, cette arrogance territoriale risque de nous coûter cher. Parce qu’au-delà de l’actuelle pandémie, la crise climatique nous pend encore et toujours au bout du nez. Rappelons-nous collectivement que ce n’est pas en privilégiant le modèle de développement qui a cours depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale que nous pourrons l’éviter. 

Plus évident encore, la crise sanitaire actuelle ne se résume pas à problème de propagation. L’émergence de ce type d’épidémies provient de notre emprise grandissante sur les milieux naturels, dont l’étalement urbain est la principale manifestation. En se rapprochant et en déstabilisant les écosystèmes naturels, les zones périurbaines permettent de nouvelles chaînes de transmission de ces agents infectieux à l’homme. La généralisation d’un modèle urbain étalé pourrait ainsi augmenter à la source la fréquence de ces épidémies.