Le projet de la Cheonggyecheon Expressway est reconnu au niveau international comme un exemple de réussite de changement de paradigme de la mobilité, prouvant du même coup que la suppression d’une autoroute à fort débit peut se réaliser sans créer le chaos dans la ville.

Fort en symbolique, le projet consistait grosso-modo au démantèlement d’un corridor autoroutier de 14 voies de large pour redonner naissance à une rivière végétalisée bordée de part et d’autre de boulevards urbains. En libérant le centre-ville d’une infrastructure d’aspect brutaliste et fonctionnaliste, cette initiative témoigne de « la fin d’une ère où l’environnement, la qualité de vie et la santé des habitants auraient été sacrifiés à la «modernisation» : celle des grands ensembles, des autoroutes urbaines et de l’urbanisme automobile » ( IAU idf, 2003)

La Cheonggyecheon Expressway, avant et après.
(Source: http://greatecology.com/wp-content/uploads/2012/12/Cheonggyecheon-Stream-Before-After1.jpg)

 

Historique

La rivière Cheonggyecheon (prononcé « chung-yay-chun»), autrefois un affluent du fleuve Han, a été enterrée vers la fin des années 1950 pour des raisons d’hygiène. Dans la vague moderniste des années 60 et 70, un vaste réseau autoroutier s’est implanté dans la capitale: un viaduc de 4 voies et un boulevard autoroutier de 10 voies ont été érigés sur l’ancienne emprise de la rivière afin de faciliter l’accès au centre-ville et de fluidifier les déplacements automobiles dans l’axe est-ouest.

Ce corridor est rapidement devenu un axe majeur de circulation au sein de la ville. Or, avec l’explosion démographique et le taux de motorisation qui a cru de manière exponentielle peu avant les années 2000, les conditions de circulation se sont dégradées considérablement et les niveaux de pollution ont inquiété de plus en plus les experts en santé.

Les éléments du projet

Devant ces constats et la nécessité de travaux majeurs d’entretien de l’infrastructure bétonnée, le maire de la capitale Mung-Bak Lee a annoncé, en 2003, la démolition de l’autoroute. Il était alors prévu que celle-ci soit remplacée par un boulevard urbain totalisant 4 voies de circulation, au centre duquel serait réaménagée la rivière Cheonggyecheon. Du point de vue de la mobilité des personnes, le défi consistait à limiter la circulation automobile tout en améliorant les conditions de déplacement des divers usagers. Selon les estimations, il suffisait qu’au moins 1 usager sur 4 modifie ses habitudes de déplacement pour que la congestion redoutée suite au retranchement de voies de circulation ne se produise pas.

Pour y arriver, les instances municipales ont envisagé une combinaison de solutions. Les principales ont consisté en l’élaboration d’un plan de déplacement urbain tenant compte de tous les modes de transport, en la construction de ponts et de passerelles afin de relier les quartiers autrefois isolés et en l’instauration d’une politique pour limiter la circulation automobile au centre-ville, connue sous le nom de «No-Driving Day».

«No-Driving Day» au centre ville.
(Crédit photo: P. Lecroart, IAU-idf)

 

Bilan

Quelques années après la réalisation du projet, la circulation automobile a drastiquement diminué dans la ville, passant de 170 000 véhicules par jour à 30 000 véhicules par jour. Il appert que les gens ont modifié leurs horaires et leurs modes de déplacement: certains se sont rabattus sur les réseaux de transport en commun existants (autobus et métro), alors que d’autres ont opté pour le co-voiturage. Le nombre de voitures en circulation ayant diminué, il a été mesuré que le report de trafic sur les artères voisines a été assez limité.


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Pour plus d’information sur le projet et les retombées de sa réalisation:
https://fr.scribd.com/doc/311654819/A-Seoul-le-cas-de-la-Cheonggyecheon-Expressway
https://landscapeperformance.org/case-study-briefs/cheonggyecheon-stream-restoration