L’évaluation des impacts économiques de la conversion d’une autoroute en boulevard urbain n’est pas une tâche facile, puisque ces impacts sont nombreux et certains sont d’ordre qualitatif (par exemple, les bénéfices sur la santé publique et sur l’environnement). Nous avons choisi d’aborder les impacts économiques du boulevard urbain Laurentien sous l’angle du potentiel foncier.

Exploiter le potentiel foncier du secteur

La conversion de la portion sud de l’autoroute Laurentienne en boulevard urbain est la voie que privilégie la Ville de Québec depuis plusieurs décennies.

« Dans une vision de développement à long terme, la transformation de la portion de l’autoroute au sud de la rivière Saint-Charles en boulevard urbain est inévitable, particulièrement dans un secteur aussi stratégique et dont le potentiel offert par la réhabilitation de terrains est majeurLa construction prochaine d’un amphithéâtre à l’entrée du centre-ville et le passage d’un éventuel tramway accéléreront la réflexion sur ce projet. »
-Programme particulier d’urbanisme pour l’entrée de Ville Saint-Roch, Ville de Québec, 2013

Le secteur présente un potentiel élevé de construction résidentielle et commerciale. Selon nos estimations, l’ensemble du secteur a un potentiel qui peut atteindre près de 6 000 nouveaux logements à une densité de 40 logements à l’hectare. À titre comparatif, le quartier Montcalm possède une densité de 70 log/ha.

Trame de rue proposée (Source: © Atelier Design Urbain 2017, École d’architecture de l’Université Laval, sous la direction de Erick Rivard.)

L’arrivée de ces ménages permettrait de dynamiser le centre commercial Place Fleur-de-Lys et les commerces adjacents. Il est certain que développer de nouveaux quartiers près de services existants et près du centre-ville permettrait à la Ville de Québec de rentabiliser nombre d’infrastructures existantes et de décontaminer des terrains qui devront de toute façon l’être éventuellement, tout en générant des revenus fonciers non négligeables.

Par ailleurs, en encourageant l’établissement de nouveaux ménages dans ce secteur, on développe un quartier dans lequel les transports collectifs et actifs font partie des habitudes quotidiennes. Ces ménages ne s’ajouteront donc pas, pour la plupart, à ceux qui utilisent le réseau autoroutier de la grande région de Québec. En d’autres mots, en construisant dans le secteur actuellement traversé par l’autoroute Laurentienne, à distance de marche ou de vélo du centre-ville et connecté aux réseaux de transport en commun existants ou planifiés, on réduit la pression future sur le réseau autoroutier et conséquemment l’impact économique de la congestion dans la grande région de Québec.

Des impacts collatéraux à considérer

La plus-value de ce genre de projets connexes d’aménagement peut être considérable, ce qui suffirait pour justifier l’investissement initial des travaux de conversion de l’autoroute. À titre d’exemple, le projet de la Cheonggyecheon Expressway, à Séoul, a coûté un peu moins de 400 millions de dollars (US), et il a été estimé, en 2006, que l’impact à long terme des travaux de reconversion généreront au moins 8 milliards de dollars. Même si ces prévisions demeurent incertaines, il est démontré que les quartiers environnants ont gagné de la valeur, que les impacts collatéraux positifs sont nombreux et que les citoyens sont fiers et davantage attachés à leur nouveau milieu de vie et de circulation.