• L’ajout ou l’élargissement d’une route n’est pas une solution viable sur le long terme

Une croyance largement répandue voudrait que l’ajout ou l’élargissement d’une route soit une réponse efficace aux problèmes de congestion. Si ce constat s’avère être partiellement vrai sur le court terme, toutes les études s’accordent pour dire que ce n’est pas le cas sur des échéances plus longues. Cela ne fait qu’empirer la saturation du réseau routier puisque plus de personnes choisissent d’utiliser leur voiture lorsque de nouveaux axes sont construits. En 2011, des chercheurs américains en sont arrivés la conclusion qu’une augmentation de 10% des infrastructures routières mène à une hausse proportionnelle de la circulation automobile. Ce phénomène se produit sur des échéances particulièrement courtes, allant de quelques mois à quelques années selon la localisation de l’infrastructure concernée.

De nouvelles liaisons routières sont alors réclamées par les automobilistes. Une spirale sans fin qui est à la fois néfaste pour la qualité de vie des citoyens et pour l’environnement. C’est pour cette raison que d’autres réponses doivent être apportées. Chez Accès transports viables, nous sommes convaincus qu’il est devenu nécessaire de combiner différentes actions. Cela pourrait se traduire par l’aménagement de nouveaux pôles multimodaux aux abords des ponts ou bien encore, à plus long terme, la création d’un lien réservé entre le centre-ville de Québec et celui de Lévis.

  • Les déplacements inter-rives ne sont pas majoritaires à Québec et Lévis

Une étude menée en 2016 par la Ville de Québec sur les habitudes de déplacement révèle que les liaisons inter-rives ne sont pas majoritaires de chaque côté du fleuve Saint-Laurent. En effet, seuls 30% (18 100) des 60 000 automobilistes en partance de Lévis ont pour destination la Rive-Nord. À Québec, cette valeur chute à 4% avec seulement 7100 automobilistes sur 194 300 qui se dirigent quotidiennement vers la Rive-Sud. Ces données sont une preuve supplémentaire de l’inutilité d’un 3e lien routier et ce quelle que soit sa localisation.

  • L’offre en transport en commun entre les 2 rives peut être grandement améliorée

Depuis l’abandon de tout projet de transport collectif reliant les 2 rives, la situation semble être au point mort. La desserte du territoire de la Ville de Québec mériterait d’être bonifiée. Nous pensons qu’il est nécessaire d’impulser de nouvelles initiatives dans les plus brefs délais. Déjà en 2017, nous insistions sur ce point dans notre mémoire « Mobilité durable et réseau structurant en transport en commun ». Le projet de réseau structurant de transport en commun est une opportunité unique qu’il faut savoir saisir. Nous encourageons ainsi la coopération entre le RTC et la STLévis afin d’avoir une vision plus globale des enjeux. La Société de transport de Lévis ambitionne elle aussi de se doter d’une offre de transport collectif à haut niveau de service. Il a obtenu un financement de 87 millions de dollars pour développer l’interconnexion entre les 2 rives et la construction de nouvelles voies réservées, notamment aux abords de la tête des ponts.

  • Un 3e lien routier serait une solution dispendieuse qui n’apporterait pas une réponse efficace

Les comptages routiers réalisés annuellement par le Ministère des Transports, de la Mobilité durable et de l’Électrification des transports nous informent sur le fait que seulement 4500 voitures en provenance de la Rive-Sud se rendent dans une zone située à l’est de l’autoroute Laurentienne, un secteur moins bien desservi par les 2 ponts existants. Cette valeur peut être arrondie à 6000 véhicules en tenant compte du trafic de marchandises. Or, nous savons que la construction d’un 3e lien routier serait extrêmement dispendieuse. Selon le maire de Québec, Régis Labeaume, ce projet pourrait atteindre les 10 milliards de dollars. Une dépense inconsidérée pour une infrastructure qui répond aux besoins de moins de 1% de la population de la grande région de Québec. Si chaque usager potentiel devait réellement payer sa part, il devrait débourser jusqu’à 1,7 million de dollars.

 

  • L’achalandage du pont de Québec et Pierre-Laporte est stable depuis 10 ans

Chaque année, le nombre de passages journaliers sur le pont de Québec et Pierre-Laporte est comptabilisé par le Ministère des Transports, de la Mobilité durable et de l’Électrification des transports. Les derniers chiffres communiqués portent sur la période 2007-2015. Ils nous apprennent que l’achalandage moyen ne connait aucune augmentation sensible depuis plus de 10 ans. Leur fréquentation a même légèrement diminué depuis le pic de 2010-2012.

  • Les infrastructures routières existantes répondent à la demande actuelle

Un rapport de la Ville de Québec sur la dynamique de circulation routière entre les 2 rives arrive au constat que la grande majorité (76%) des Lévisiens se rendant sur la rive nord ont pour destination finale un secteur situé à l’ouest de l’autoroute Laurentienne. Les ponts de Québec et Pierre-Laporte permettent déjà de réaliser ces trajets quotidiens. La construction d’un 3e lien autoroutier, quel que soit son lieu d’implantation, ne s’avère donc pas être pertinente étant donné que les infrastructures existantes répondent déjà aux besoins de déplacements de la population.

  • Un 3e lien routier aurait pour effet d’amplifier le phénomène d’étalement urbain

Les choix de localisation des ménages et des entreprises dépendent en grande partie des infrastructures en place. La construction d’une nouvelle connexion routière aurait pour effet d’accélérer le phénomène d’étalement urbain de chaque côté du fleuve Saint-Laurent. En plus d’amplifier le recours à l’automobile, et par conséquent la congestion, cet usage déraisonnable de l’espace mène à la destruction irréversible des milieux naturels. La santé des citoyens est également en danger. De nombreuses études ont prouvé que le mode de vie caractéristique de la banlieue favorise l’isolement social et l’obésité. Cette situation a un coût considérable pour la société québécoise. L’embonpoint à lui seul coûte chaque année près de 3 milliards de dollars selon l’Institut national de santé publique du Québec.

  • Dans la grande région de Québec, le parc automobile croît plus rapidement que la population

Le dossier du 3e lien entre Québec et Lévis peut être perçu à différentes échelles. La demande pour des infrastructures routières toujours plus importantes doit également soulever des questions relatives aux habitudes de déplacement. En effet, le parc automobile de la grande région de Québec, incluant la rive-sud, est en constante progression. Entre 2006 et 2015, la SAAQ nous apprend qu’il a augmenté de 21,7% pour atteindre 99 635 véhicules en circulation. Cela est bien plus important que la croissance démographique qui, pour la même période, a connu une hausse de seulement 6,6% avec 805 061 habitants de chaque côté du fleuve Saint-Laurent.

Ces chiffres traduisent une tendance lourde qui s’opère depuis déjà plusieurs décennies. Le nombre de véhicules par ménage ne cesse d’augmenter. Cela se traduit par l’augmentation de la pratique de l’auto solo. C’est-à-dire que la capacité de l’automobile n’est pas pleinement exploitée. Le plus souvent, les trajets se font seul, alors que 3 ou 4 autres places sont encore disponibles. En plus d’occuper un espace inutile sur la chaussée, ce comportement a pour effet d’aggraver les phénomènes de congestion et de pollution.

  • La construction d’un 3e lien entraînerait une dégradation de l’ensemble du réseau routier

Chaque année, le Ministère des Transports, de la Mobilité durable et de l’Électrification des transports investit 2 milliards de dollars dans l’entretien et l’amélioration du réseau routier. Malgré ces dépenses conséquentes, le déficit du maintien des infrastructures existantes a atteint 15 milliards de dollars et s’est creusé de plus de 15% durant l’année 2017. Vous le constatez sans doute quotidiennement, les routes du Québec sont en mauvais état. À tel point qu’aujourd’hui à peine 50% des 30 962 kilomètres de voies qui sont considérés comme étant dans un état allant de  « satisfaisant » à « très bon ». Nous constatons qu’il est déjà financièrement difficile d’assurer la maintenance des infrastructures existantes et ajouter de nouveaux axes routiers ne ferait qu’aggraver cette situation à l’échelle de la province.

  • La pertinence d’un 3e lien routier est remise en cause depuis les années 1970

Le débat entourant la construction d’un 3e lien autoroutier au-dessus du fleuve Saint-Laurent ne date pas d’hier. Déjà en 1976, un rapport intitulé « le lien via l’Île-d’Orléans face au développement et à l’aménagement régional » remettait en doute la pertinence d’un tel projet. Il dressait la conclusion suivante : «on peut affirmer que le problème des échanges inter-rives ne serait pas résolu par la construction de cette infrastructure [routière] et que d’autres solutions devraient être envisagées. Puisque les répercussions négatives d’un lien centre-à-centre seraient très fortes, il semble qu’il faudrait se pencher sur le transport en commun pour résoudre le problème».

Plus de 40 ans après sa publication, le débat n’a pas évolué. Les experts sont toujours unanimes pour dire que la construction d’une nouvelle route ne réglera pas le problème de la congestion. En parallèle, l’offre de transport en commun attend encore d’être améliorée entre la ville de Québec et celle de Lévis.

  • Le bureau de projet du 3e lien étudie un large éventail de réponses possibles

Depuis sa mise sur pied au cours de l’année 2017, le bureau de projet du 3e lien s’attèle à étudier toutes les orientations qu’il considère comme étant pertinentes pour améliorer la fluidité routière entre les 2 rives. Loin de se limiter au simple ajout de voies de circulation, il étudie des solutions en matière de transports en commun et pour les modes actifs. Cela pourrait se traduire par la création de voies réservées, la construction de stationnements incitatifs ou bien encore le développement de nouvelles liaisons cyclables. La technologie pourrait également être un élément de réponse avec la synchronisation et la gestion des feux de circulation en temps réel.

Enfin, des réflexions plus globales pourraient permettre d’apaiser le trafic au-dessus du fleuve Saint-Laurent. Il est notamment question d’adapter les horaires de travail, d’encourager la pratique du covoiturage et de développer le télé-travail. Il est également essentiel de mieux contrôler l’étalement urbain en densifiant les milieux bâtis.