Permettre aux voitures transportant seulement deux personnes d’utiliser la toute nouvelle voie réservée sur Robert-Bourassa constitue un dangereux précédent. Cette décision unilatérale du MTQ brise non seulement l’équilibre entre les différents moyens de transport sur cet axe névralgique pour Québec, mais aussi le contrat social issu du BAPE sur le prolongement de cette autoroute. En effet, le décret 407-2005 autorisait le prolongement de Robert-Bourassa à condition que soit mise en place une voie réservée, dans le but très clair d’améliorer les services de transport en commun sur cet axe.

Force est de constater que le contrat a été rompu. Sous le prétexte d’un  faux covoiturage, le MTQ vient carrément de fermer la voie réservée au transport en commun. Il mine ainsi la crédibilité du processus d’audiences publiques sur l’environnement du Québec. Comme de nombreux groupes, nous nous étions opposés au prolongement de l’autoroute Robert-Bourassa, en raison de son impact appréhendé sur l’étalement urbain, et, par voie de conséquence, sur la congestion du réseau routier. Des conséquences qui se sont d’ailleurs rapidement avérées (voir l’article du Soleil du 28 novembre 2013, « L’autoroute Robert-Bourassa bloquée par… les autos ! »). L’ajout d’une voie réservée au transport en commun devait, en offrant une solution alternative à la congestion automobile, permettre d’amoindrir ces impacts négatifs.

Aujourd’hui, on se sert plutôt de cette voie pour augmenter encore la capacité routière alors qu’elle a été construite, en application du décret, pour être réservée au transport en commun. Il existait pourtant, depuis l’ouverture de la voie réservée, un bel équilibre sur cet axe, le transport en commun ayant gagné une belle efficacité et la congestion sur les autres voies n’étant pas trop forte. Permettre aux voitures transportant seulement deux personnes d’utiliser la voie ajoutée pour les autobus permettra peut-être, temporairement, de fluidifier davantage les voies automobiles. Mais cette fermeture de la voie réservée lancera le message que le moyen de transport à utiliser, c’est l’auto, et que le mode de développement urbain à privilégier, c’est l’étalement. À moyen terme, toutes les voies redeviendront congestionnées, prenant au piège le transport en commun qui ne sera plus en mesure d’utiliser les mesures prioritaires conçues pour ce mode.

L’approche du MTQ dans ce dossier est lourdement déséquilibrée en faveur de la voiture. Loin de répondre au pacte que ratifiait le décret 407-2005, cette décision vient décupler les impacts prévus du prolongement de l’autoroute Robert-Bourassa et fait perdre le gain qui avait été réalisé pour le transport en commun, rendant doublement inacceptable le projet initial. Le ministre doit revenir sur sa décision avant de commettre un dangereux précédent.