Accès transports viables dénonce les propos tenus par messieurs Deltell et Hamad, respectivement candidats de la Coalition avenir Québec et du Parti libéral du Québec, à propos du projet de tramway à Québec. Messieurs Deltell et Hamad ont mis de l’avant des arguments à très courte vue et utilisés de nombreux raccourcis intellectuels.

Rappelons que lors d’un débat organisé par une radio de Québec le 11 mars dernier, messieurs Deltell et Hamad se sont déclarés contre l’idée d’implanter ce type de système de transport en commun à Québec, notamment en invoquant la « situation des finances publiques du Québec » et l’idée selon laquelle « il y a peut-être une bonne raison pourquoi, il y a soixante ans, on les a retirés de la circulation ».

Le transport en commun: un investissement
Tout d’abord, la Chambre de commerce du Montréal métropolitain évaluait, en 2010, que le transport en commun a un impact sur l’économie québécoise près de trois fois supérieur à celui du transport privé par automobile. Cet écart dans les retombées économiques s’explique par la nature des dépenses associées à ces deux différents modes de transport, les dépenses en transports en commun profitant davantage à l’économie québécoise au regard de l’expertise présente sur son territoire et de dépendance actuelle au pétrole dont l’importation pèse pour beaucoup dans la balance commerciale du Québec. Faut-il le rappeler, le Québec est un important producteur et exportateur d’équipements de transport en commun. Investir dans des modes de transport comme le tramway, c’est injecter de l’argent directement dans l’économie québécoise.

Investir dans le transport en commun, c’est également se donner les moyens d’assurer un meilleur contrôle des dépenses liées aux infrastructures, le réseau routier accaparant la plus grosse part des investissements prévus au Plan québécois des infrastructures 2013-2023 (22,4 milliards $). Investir dans le transport en commun, c’est arrêter le cercle vicieux selon lequel plus on construit de voies d’autoroutes, plus on augmente le nombre de voitures en circulation, ce qui nous ramène à une demande toujours plus grande de voies d’autoroutes… et ainsi de suite. À preuve, le nombre de voitures qui s’est multiplié deux fois plus vite que la population entre 2006 et 2011.

Des impacts positifs sur la santé
Les bénéfices sur la santé des transports en commun ne sont plus à démontrer. Diminution du nombre d’accidents de la route, de la prévalence de maladies respiratoires et cardiaques chroniques, du smog et augmention de l’activité physique ne sont que quelques-uns des impacts positifs que peut avoir un plus fort recours aux modes de transport autres que l’automobile.

Le Parti libéral du Québec et la Coalition avenir Québec ont fait de la santé un de leurs enjeux prioritaires: sauront-ils reconnaître l’impact positif majeur que pourrait avoir un système de transport structurant comme le tramway sur la santé des gens de Québec?

Sur le retrait du tramway dans les années 1940
À l’instar de nombreuses villes européennes et nord-américaines, Québec a fait le choix, dans les années soixante, de se départir de leur système de tramway. Pas parce que ce mode de transport n’était pas performant, mais bien parce qu’on croyait, à l’époque, que l’automobile était la voie de l’avenir. Un demi-siècle plus tard, plusieurs de ces villes, ayant constaté que le tout-à-l’auto mène à un cul-de-sac, remettent sur rails des tramways modernes qui contribuent à améliorer la fluidité des déplacements des personnes sur leur territoire, en complémentarité avec les autres modes de transport, ce qui comprend la marche, le vélo, l’autobus et l’automobile. Ce seraient au moins 80 villes du Canada et des États-Unis qui étudieraient ou planifieraient des systèmes de tramway.

Ce constat est par ailleurs partagé par les Villes de Québec et de Lévis qui ont identifié le tramway comme le mode de transport qui permettra de structurer le réseau de transport en commun sur le territoire de la Communauté métropolitaine de Québec. Rappelons également qu’un sondage, mené en 2010, montrait que 71% de la population de Québec était favorable au projet de tramway.

Messieurs Deltell et Hamad ont manifestement une vision de la mobilité ancrée dans le passé. La campagne électorale québécoise est encore jeune: nous espérons qu’ils entendront notre appel à la réflexion et que le bon sens prendra le dessus sur l’électoralisme.