Québec, le 12 février 2014 – À la veille de l’annonce d’une étude sur les voies réservées, Accès transports viables et le Conseil régional de l’environnement de la Capitale-Nationale (CRE – Capitale nationale) tiennent à faire le point dans le dossier des voies réservées au transport en commun. Si les organismes voient d’un bon œil cette étude, ils observent cependant de nombreux glissements dans le discours public quant à l’usage des voies réservées et l’importance du covoiturage comme solution à la congestion.

« Depuis quelques temps, les voies réservées sont devenues un concept fourre-tout qui ne veut plus dire grand-chose. Nous tenons aujourd’hui à rappeler que des voies réservées, c’est d’abord et avant tout à l’usage du transport collectif et que, par définition, c’est le transport en commun qui y est favorisé. Le covoiturage est peut-être une partie de la solution à la congestion et mérite qu’on l’étudie, mais ce n’est certainement pas la panacée comme on semble vouloir le présenter », avance Alexandre Turgeon, directeur général du CRE – Capitale nationale.

Le covoiturage, oui mais…

Selon Accès transports viables et le CRE – Capitale nationale, le covoiturage n’est qu’une des composantes de la mobilité durable et ne peut s’appliquer qu’à certaines conditions : nombre d’entrées et de sorties limitées, autoroute d’une certaine longueur, forte proportion de ses utilisateurs qui l’empruntent sur toute sa longueur.  Sans quoi, les changements de voies demeurent la principale entrave à la fluidité de la circulation sur l’autoroute.

Les organismes donnent en exemple l’autoroute Robert-Bourassa pour laquelle ces conditions ne sont pas réunies : cette autoroute est très courte (un peu plus de 7 km), comprend de nombreuses entrées et sorties et seulement un très faible pourcentage de ses utilisateurs l’emprunte sur toute sa longueur. C’est donc dire que les changements de voies y sont fréquents et les gains associés aux voies réservées pour les autobus ne seront pas au rendez-vous. Cet axe autoroutier n’a tout simplement pas la configuration requise pour permettre le covoiturage sur les voies réservées.

Accès transports viables et le CRE – Capitale nationale soulignent également que le déploiement des Express et du 804 occasionnera un achalandage supplémentaire d’autobus sur la voie réservée. Ce développement ne doit pas être entravé par la présence d’automobiles.

Le covoiturage: 2, 3 ou 4 passagers?

Les experts sont nombreux à évaluer que le covoiturage sur les voies réservées ne doit être considéré que lorsque trois occupants, au minimum, prennent place dans le véhicule. « À deux passagers, la mesure est peu susceptible d’occasionner un transfert modal et ne constitue dans les faits qu’à autoriser le 20% de véhicules comportant deux passagers – donc occupé à moins de 50 % –  à emprunter les voies réservées en risquant de la paralyser. En d’autres termes, l’incitatif n’est pas assez ambitieux pour diminuer le nombre voitures sur l’autoroute et le tout nuit aux usagers qui ont fait le choix du transport en commun. Le Plan de mobilité durable est pourtant très clair: le nombre de déplacements effectués en voiture doit diminuer », précise Etienne Grandmont, directeur général d’Accès transports viables.

Accès transports viables et le CRE – Capitale nationale tiennent par ailleurs à rappeler que ce n’est pas parce que les voies réservées semblent sous-utilisées que tel est véritablement le cas. « À un rythme d’un autobus à toutes les 60 secondes, on transporte jusqu’à 3 000 personnes par heure. Dans le meilleur des cas, une voie normale ne laisse s’écouler que 2 000 voitures par heure, ce qui représente 2 400 personnes par heure, » illustre M. Grandmont.

Cohérence avec le PMD

« La Ville de Québec a déjà son Plan de mobilité durable dont la mesure phare est de doubler l’achalandage, d’ici 2030, dans les transports en commun. On devrait se concentrer sur les mesures qui permettront d’atteindre cet objectif, certes ambitieux, mais atteignable », spécifie Etienne Grandmont.