Plusieurs accidents impliquant des piétons, 9 pour être exact*, ont eu lieu depuis un mois, dont 4 se sont avérés mortels. La Ville de Québec, via son Service de police, a, comme par les années passées, répété ses sempiternelles recommandations aux piétons: soyez visibles, traversez aux feux de circulation et surtout, soyez patients. Car l’impatience des piétons semble, pour la Ville comme pour la SAAQ, devenir un des facteurs qui joue contre leur sécurité.

Outre le fait qu’il s’agit à nos yeux d’un aveu qu’on n’offre pas d’aménagements qui favorisent la circulation des piétons, ces sorties publiques donnent l’impression que les piétons ont beaucoup de responsabilités et bien peu de droits.  Par exemple, pourquoi serait-ce de la responsabilité des piétons, en saison hivernale, de tenir compte de la distance de freinage plus longue pour les automobiles? Ne devrait-on pas plutôt demander aux automobilistes de lever le pied lorsque la chaussée est glissante?

À Québec, on semble vouloir décourager la pratique de la marche alors que le contraire devrait être la norme.

Nous sommes tous piétons
Qu’on se considère avant tout cycliste, automobiliste ou usager des transports en commun, nous sommes tous piétons à un moment ou à un autre de la journée. Tous savent ce que représente l’inconfort lors d’une traversée d’un passage pour piéton jaune non respecté. Tous connaissent l’impatience vécue lors de l’attente d’une phase exclusive piétonne à un feu de circulation qui met plus de deux minutes à apparaître. Chacun de nous a déjà vécu la frustration de voir une automobile passer sur un feu « orange foncé » pour finalement passer sur la phase piétonne.

Nous sommes tous piétons, mais la Ville de Québec, malgré ses nombreux engagements, semble l’avoir oublié encore cette année. Lors de l’adoption de sa Stratégie de sécurité routière, la Ville de Québec vantait l’amélioration de son bilan routier entre les années 2006 et 2010. Elle soulignait toutefois qu’il faudrait attendre pour confirmer la tendance à la baisse du nombre d’accidents. De plus, dans son analyse, elle omettait complètement de distinguer le nombre d’accidents par mode de transport. La Ville de Québec se félicitait donc de l’amélioration de son bilan routier après une analyse préliminaire et partielle.

Or, avec le recul et lorsqu’on analyse plus en détail les résultats, on constate que si le nombre d’accidents graves a diminué de façon importante entre 2006 et 2012 chez les conducteurs de voiture, leur nombre est resté stable chez les piétons. En fait, en 2012, il y a eu plus de piétons gravement blessés que de conducteurs de voiture, alors que les premiers représentent seulement 14% des déplacements et le second 60%! L’année 2013, s’annonçant comme une année particulièrement difficile pour les piétons, le bilan routier des dernières années n’a donc rien de réjouissant pour ceux-ci.

À la lumière de ce bilan, on peut donc questionner l’efficacité des mesures entreprises à la suite de l’adoption de la Stratégie de sécurité routière. Cette stratégie qui misait sur la réglementation, les opérations de coercition et une amélioration de la fluidité routière n’a visiblement pas porté fruit.

L’absence d’engagements visant l’amélioration de l’environnement physique est la lacune majeure de ce document qui arrive à échéance à la fin de cette année. Osons espérer que la Ville prendra de nouvelles orientations lors de la révision de ce document et que des engagements formels seront pris afin d’améliorer les conditions de pratique de la marche.

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*Il faut noter que ce décompte ne considère que les accidents graves (plus de 48 heures d’hospitalisation) ou mortels. Il faudrait y ajouter environ 15 accidents légers, soit la moyenne mensuelle observée, un chiffre lui-même sous-estimé puisque ne sont comptabilisés que les accidents déclarés et recensés par la SAAQ.